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Research

Facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox à Kinshasa en République Démocratique du Congo

Facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox à Kinshasa en République Démocratique du Congo

Factors associated with low Mpox vaccination among people living with HIV in Kinshasa, Democratic Republic of the Congo

Maurice Felo Twendimbadi1,&, Ange Mavula Ndeke2, Horace Eketa Pene Akata3, Dagobert N'tangu Menayame4, Papy Kawata Dagumbu5

 

1Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, Division Provinciale de la Santé de Kinshasa, Kinshasa, République Démocratique du Congo, 2Union Congolaise des Organisations des Personnes Vivant avec le Virus de l'Immunodéficience Humaine, Kinshasa, République Démocratique du Congo, 3Faculté des Sciences et Technologie, Mention Sciences et Mathématique, Université de Kinshasa, Kinshasa, République Démocratique du Congo, 4Organisation Non Gouvernementale Trois Fois Sain, Kinshasa, République Démocratique du Congo, 5Faculté des Sciences et Technologie, Mention Sciences et Gestion de l'Environnement, Université de Kinshasa, Kinshasa, République Démocratique du Congo

 

 

&Auteur correspondant
Maurice Felo Twendimbadi, Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, Division Provinciale de la Santé de Kinshasa, Kinshasa, République Démocratique du Congo

 

 

Résumé

Introduction: la co-infection VIH–Mpox constitue un défi croissant en raison de la vulnérabilité accrue des personnes vivant avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et de la superposition des dynamiques de transmission. Bien que la vaccination soit fortement recommandée dans ce groupe, la couverture vaccinale demeure faible, particulièrement en Afrique. Alors que 35,7% des Les personnes vivant avec le VIH (PvVIH) sont vaccinées au niveau mondial, les taux restent nettement inférieurs dans les pays africains, comme au Nigeria où seulement 5% ont reçu le vaccin. Cette faible couverture limite la prévention des formes graves et souligne la nécessité d'une meilleure stratégie d'accès au vaccin. L'objectif de l'étude était de déterminer les facteurs associés à la faible vaccination des PvVIH contre le Mpox à Kinshasa.

 

Méthodes: il s'agissait d'une étude transversale analytique menée dans 64 établissements de soins de santé répartis dans 16 zones de santé de la ville-province de Kinshasa. Les données ont été recueillies auprès de 518 personnes vivant avec le VIH entre le 5 et le 25 octobre 2025. La collecte a été réalisée au moyen d'un questionnaire structuré et prétesté, administré lors d'entretiens en face à face par des enquêteurs formés. L'analyse statistique a été effectuée à l'aide du logiciel SPSS, version 25, en appliquant un seuil de signification de 5%.

 

Résultats: les résultats montrent que trois personnes vivant avec le VIH sur quatre (75,9%) étaient âgées de 30 ans ou plus. La majorité des participantes étaient de sexe féminin (66,2%), et 30,1% exerçaient comme ménagères. Par ailleurs, 43,6% étaient mariées et 71,2% avaient atteint au moins le niveau d'études secondaires. Concernant les connaissances de Mpox chez PvVIH, seulement 25,3% avaient déjà entendu parler de la Mpox. La proportion de PvVIH vaccinées contre la Mpox était faible, estimée à 5,2%. Les principaux facteurs associés à la faible vaccination étaient connaissances limites des signes de la Mpox, (ORa = 4,8 ; IC95%: 1,72-13,80 ; p < 0,003) ; la stigmatisation liée au VIH (ORa = 5,9 ; IC95%: 2,01-17,68 ; p < 0,001).

 

Conclusion: cette étude met en évidence une très faible couverture vaccinale contre la Mpox parmi les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, avec seulement 5,2% de sujets vaccinés malgré leur vulnéra-bilité accrue. Les faibles connaissances sur la Mpox, la persistance de la stigmatisation et de la discri-mination liées au VIH apparaissent comme des facteurs significativement associés à cette faible vaccina-tion. Ces résultats soulignent des lacunes importantes en matière d'information, de prévention et d'accès équitable aux services de santé. Ils indiquent également la nécessité urgente d'intégrer davantage la vac-cination Mpox dans le continuum de soins VIH, en particulier pour les patients immunodéprimés.


Introduction: HIV-Mpox coinfection poses a growing challenge due to the increased vulnerability of people living with HIV and the overlapping transmission dynamics. Although vaccination is strongly recommended for this group, vaccination coverage remains low, particularly in Africa. While 35.7% of people living with HIV (PLHIV) are vaccinated globally, rates remain significantly lower in African countries, such as Nigeria, where only 5% have received the vaccine. This low coverage limits the prevention of severe forms of the disease and underscores the need for a better vaccine access strategy. The objective of this study was to determine the factors associated with low PLHIV vaccination rates against Mpox in Kinshasa. Methods: this was an analytical cross-sectional study conducted in 64 healthcare facilities across 16 health zones in the city-province of Kinshasa. Data were collected from 518 people living with HIV between October 5 and 25, 2025. Data collection was carried out using a structured, pre-tested question-naire administered during face-to-face interviews by trained interviewers. Statistical analysis was per-formed using SPSS version 25, with a significance level of 5%. Results: the results show that three out of four people living with HIV (75.9%) were 30 years of age or older. The majority of participants were female (66.2%), and 30.1% worked as homemakers. Furthermore, 43.6% were married, and 71.2% had at least a secondary education. Regarding knowledge of Mpox among people living with HIV, only 25.3% had ever heard of Mpox. The proportion of people living with HIV vaccinated against Mpox was low, estimated at 5.2%. The main factors associated with low Mpox vaccination uptake were limited knowledge of Mpox signs and symptoms (aOR = 4.8; 95% CI: 1.72-13.80; p < 0.003), as well as HIV-related stigma and discrimination (aOR = 5.9; 95% CI: 2.01-17.68; p < 0.001). Conclusion: this study highlights very low Mpox vaccination coverage among people living with HIV in Kinshasa, with only 5.2% vaccinated despite their increased vulnerability. Limited knowledge about Mpox and the persistence of HIV-related stigma and discrimination appear to be factors significantly associated with this low vaccination rate. These results underscore significant gaps in information, pre-vention, and equitable access to health services. They also indicate the urgent need to further integrate Mpox vaccination into the continuum of HIV care, particularly for immunocompromised patients.

Keywords: Associated factors, PLHIV, low vaccination, Mpox, Kinshasa, Democratic Republic of Congo

 

 

Introduction    Down

Le virus Mpox, un Orthopoxvirus génétiquement apparenté au virus de la variole, est historiquement endémique en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest [1]. Il est classé en deux clades majeurs: le clade I, prédominant dans le bassin du Congo et caractérisé par une virulence plus élevée, et le clade II, moins virulent, impliqué notamment dans l'épidémie signalée au Nigéria. La co-infection VIH-Mpox ne relève pas d'une simple concomitance épidémiologique [2-6]; elle résulte plutôt d'une superposition des dynamiques de transmission, particulièrement marquée chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, population au sein de laquelle les deux infections présentent une prévalence élevée [1]. Les PvVIH, en particulier celles ayant une immunodépression avancée, présentent un risque accru d'acquisition et de formes sévères de Mpox, justifiant une recommandation prioritaire de vaccination dans ce groupe [7,8].

Cependant, malgré ces recommandations, la couverture vaccinale contre la Mpox demeure faible parmi les PvVIH. Les données globales indiquent qu'environ 35,7% des PvVIH ont reçu au moins une dose du vaccin. Cette proportion est estimée à 27% en Europe et reste très faible en Afrique [9,10], où l'accès limité aux vaccins et la priorisation hésitante contribuent à une couverture insuffisante. Au Nigeria, par exemple, une étude menée auprès de PvVIH rapporte une proportion vaccinale de seulement 5%, illustrant l'ampleur du déficit vaccinal sur le continent. Une étude menée en 2023 chez des patients immunodéprimés vivant avec le VIH rapporte que 28 à 51% des personnes atteintes de Mpox sont des PvVIH. Les preuves scientifiques indiquent que les PvVIH dont l'infection est mal contrôlée présentent un risque particulièrement élevé de développer des formes sévères de la maladie [11-13]. Une étude multicentrique réalisée aux États-Unis par le Center for AIDS Research, incluant 19 777 PvVIH suivies entre le 1er janvier 2022 et le 31 mai 2023, a montré que 413 d'entre elles avaient développé une infection à Mpox [14-17]. De même, une étude menée à Atlanta (Géorgie) a révélé que 82% des patients atteints de Mpox étaient des PvVIH.

En Afrique, une étude cas-témoins réalisée au Nigéria a rapporté une séroprévalence du VIH de 27,9% chez les cas de Mpox, contre seulement 5% chez les témoins [4-6]. De plus, les données disponibles suggèrent une efficacité vaccinale contre la Mpox variant entre 65% et 85% dans la population géné-rale. Chez les PvVIH, la protection estimée atteint 84% après une ou plusieurs doses, indiquant que la vaccination permet de prévenir près de neuf infections sur dix. Ces résultats renforcent la recommanda-tion de vacciner de manière prioritaire les PvVIH, y compris celles présentant une immunodépression avancée [14-17].

En République Démocratique du Congo (RDC), la situation épidémiologique s'est aggravée en 2024, avec plus de 15 664 cas potentiels et 548 décès rapportés depuis janvier. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, entre le 1er janvier 2024 et le 9 février 2025, plus de 14 976 cas confirmés ont été enregis-trés dans les 26 provinces du pays. Face à cette recrudescence, plusieurs interventions de riposte ont été déployées à travers le pays.

À Kinshasa, le ministère de la Santé publique, avec l'appui de l'OMS, de l'UNICEF et d'Africa CDC, avait lancé le 22 février 2025 une vaste campagne de vaccination contre la Mpox, visant plus de 660 000 personnes, dont 337 679 enfants âgés de 1 à 17 ans. Cette campagne, menée dans les cinq zones de santé les plus touchées, avait utilisé une stratégie géographique et administré une première dose du vaccin MVA-BN à toutes les personnes éligibles. Bien que les personnes vivant avec le VIH fassent partie des groupes à haut risque en raison de leur vulnérabilité accrue, elles n'ont pas été spécifiquement ciblées lors de cette campagne, alors que la litté-rature scientifique souligne que la vaccination offre une protection substantielle aux PvVIH et réduit leur risque d'infection [2,14,16,17]. À ce jour, peu d'études se sont intéressées à la faible couverture vacci-nale Mpox parmi les PvVIH en RDC. La présente étude vise à combler cette lacune en déterminant la proportion de PvVIH vaccinées contre la Mpox à Kinshasa et en identifiant les facteurs associés à cette faible vaccination.

Modèle conceptuel et facteurs associés la faible vaccination contre la Mpox à Kinshasa: le modèle conceptuel présenté (Figure 1) s'inspire du modèle comportemental d'Andersen, qui explique l'utilisation des services de santé à travers trois catégories de facteurs: les facteurs prédisposants, les facteurs facilitants (ou d'accès) et les facteurs sociaux. Ce cadre théorique est particulièrement perti-nent dans le contexte de la présente étude, car il permet d'analyser de manière structurée les facteurs associés à la faible couverture vaccinale contre le Mpox chez les PvVIH à Kinshasa.

Ainsi, la sélection des variables s'est appuyée sur ce cadre conceptuel. Les facteurs prédisposants incluent les caractéristiques socio-démographiques telles que l'âge, le sexe et le niveau d'instruction. Les facteurs facilitants englobent les éléments liés à l'accès et à l'utilisation des services de santé, notam-ment la connaissance des établissements de soins (ESS), la connaissance des signes cliniques du Mpox et la réalisation régulière de la charge virale. Enfin, les facteurs sociaux concernent principalement la stigmatisation liée au VIH, susceptible d'influencer l'adoption de la vaccination.

Tenant compte de ce modèle conceptuel d'Andersen et de l'observation du milieu dans le contexte de la ville de Kinshasa, les hypothèses suivantes ont été formulées: i) le bas niveau d'instruction est associé à la faible vaccination des PvVIH contre la Mpox; ii) l'ignorance des signes cliniques de la Mpox est associée à la faible vaccination des PvVIH contre la Mpox et la stigmatisation est associée à la faible vaccination des PvVIH contre la Mpox.

 

 

Méthodes Up    Down

Type et période de l'étude: il s'agissait d'une étude transversale analytique réalisée auprès des personnes vivant avec le VIH dans les établissements de soins de la ville province de Kinshasa du 05 au 25 octobre 2025.

Cadre de l'étude: la ville-province de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, s'étend sur une superficie d'environ 9 965 Km². Selon les estimations de l'Institut national de la statistique, sa population était évaluée à 16,3 millions d'habitants en 2023, faisant de Kinshasa l'une des plus grandes agglomérations urbaines d'Afrique subsaharienne. Sur le plan sanitaire, Kinshasa est organisée en 35 zones de santé (ZS) fonctionnelles, qui constituent l'unité opérationnelle de base du système de santé. La ville compte 2 620 ESS publiques et privées, assurant la prestation des soins de santé primaires, secondaires et tertiaires. Parmi ces établissements sanitaires, 448 ESS ont intégré les paquets de services de prise en charge du VIH, incluant la prévention, le dépistage, le traitement antirétroviral et le suivi des personnes vivant avec le VIH. Ces services sont déployés à travers l'ensemble des 35 zones de santé, traduisant un effort d'intégration des interventions VIH au sein du système de santé urbain de Kinshasa.

Critères d'inclusions: les critères d'inclusion étaient les suivants: i) être une PvVIH âgée de 18 ans ou plus; ii) avoir fréquenté un établissement de santé au cours des trois mois précédant la collecte des données; iii) être en mesure de répondre au questionnaire (absence de troubles cognitifs ou psychiatriques sévères compromettant la communication); et iv) avoir donné un consentement éclairé libre et volontaire pour participer à l'étude.

Critères d'exclusions: les critères d'exclusion comprenaient: i) les PvVIH âgées de moins de 18 ans; ii) les PvVIH présentant des troubles cognitifs ou psychiatriques sévères ne permettant pas de répondre au questionnaire; iii) les PvVIH refusant de donner leur consentement éclairé; et iv) les PvVIH n'ayant pas fréquenté les établissements de santé durant la période de référence de l'étude. Par ailleurs, les PvVIH perdues de vue ou non suivies dans les établissements de santé n'étaient pas éligibles à l'étude.

Population d'étude: les personnes vivant avec le VIH âgées de 18 ans et plus ont constitué la population d'étude. Au total, la recherche s'est déroulée dans 64 ESS dans 16 zones de santé de la ville province de Kinshasa. Pour la sélection de notre échantillon, nous avons conduit un échantillonnage en grappe à plusieurs degrés. Premier degré: les zones de santé ont été regroupées en quatre grappes correspondant aux districts administratifs de la ville-province de Kinshasa, à savoir Funa, Lukunga, Mont-Amba et Tshangu. Dans chaque grappe, quatre zones de santé ont été sélectionnées; deuxième degré: au sein de chaque grappe, quatre ZS ont été sélectionnés par tirage aléatoire simple sans remise, à l'aide du logiciel Microsoft Excel®; troisième degré: dans chaque zone de santé sélectionnée, quatre ESS ont été sélectionnés. Dans chaque ESS, la liste des PvVIH ayant fréquenté les structures au cours des trois derniers mois a été établie afin de constituer la base de sondage; quatrième degré: à partir de cette base, huit PvVIH ont été sélectionnées par établissement pour participer aux interviews.

Taille de l'échantillon: la taille minimale de l'échantillon a été estimée à 427 participants en appliquant la formule de calcul des proportions, sur la base d'un niveau de confiance de 95%, d'une précision de 5% et d'une proportion attendue de 50%, avec une majoration de 10% pour tenir compte des non-réponses. Ainsi, l'échantillon final de 518 participants a été considéré comme adéquat en termes de puissance et de représentativité.

Collecte des données: les données ont été collectées à l'aide d'un questionnaire structuré lors des interviews conduites en face à face par des enquêteurs formés. Le questionnaire a été développé et déployé sur le logiciel Kobo Collect sur des téléphones androïdes. Le questionnaire a été pré-testé dans une zone de santé de la ville province de Kinshasa qui n'était pas sélectionnées dans la présente étude.

Variables de l'étude

Variable dépendante: la variable catégorielle, Le fait d'avoir été vacciné ou pas contre la Mpox récemment. Elle était mesurée sur échelle nominale avec deux modalités: Oui=1 avoir été vacciné et Non= 0 non vaciné.

Variables indépendantes: l'âge: le nombre d'années de vie révolue atteint par le répondant au jour de l'enquête. Il a été ensuite discrétisé en deux tranches (< 30 ans et ≥ 30 ans); niveau d'instruction: variable catégorielle (échelle ordinale) définie comme le plus haut niveau d'étude atteint par l'enquêté. L'on notera 3 modalités de réponse: aucun, primaire, secondaire et plus; occupation: l'activité de l'enquêté au moment de l'enquête avec 4 modalités; la charge virale non contrôlée: correspond à une charge virale plasmatique supérieure à 1000 copies/ml après au moins six mois de traitement antirétroviral (norme OMS). Elle a été mesurée sur base des déclarations des bénéficiaires à l'échelle nominale, Oui=1 charge < 1000copies/ml et Non=0 Charge virale>1000 copies/ml (non contrôlée); connaissance des signes de la Mpox: le fait que l'enquêté connait au moins un signe de la Mpox. Oui=1 connait au moins un signe et Non= 0 ne connait pas.

La stigmatisation liée au VIH/SIDA a été évaluée à l'aide de la version abrégée à 12 items de l'échelle de stigmatisation de Berger, qui est l'un des instruments les plus utilisés et validés pour mesurer la stigmatisation chez les personnes vivant avec le VIH [18]. Cette échelle comprend quatre dimensions principales: la stigmatisation personnalisée, les préoccupations liées à la divulgation du statut sérologique, l'image négative de soi et les attitudes publiques. Ensuite, chaque dimension comprend 3 questions et c'est qui fait un total de 12 items. Les répondants indiquaient leur degré d'accord pour chaque item sur une échelle de Likert à quatre modalités (1 = tout à fait en désaccord, 2 = en désaccord, 3 = d'accord, 4 = tout à fait d'accord). Pour les besoins des analyses statistiques, notamment la régression logistique, les réponses ont été dichotomisées selon une approche largement utilisée dans la littérature. Ainsi, les modalités 1 et 2 ont été regroupées comme absence de stigmatisation (Non), tandis que les modalités 3 et 4 ont été regroupées comme présence de stigmatisation (Oui). Cette recodification permet de simplifier l'interprétation des associations entre la stigmatisation et la faible vaccination, tout en restant conforme à plusieurs études ayant utilisé la même approche analytique avec l'échelle de Berger.

Analyse statistique: pour les analyses descriptives, les variables qualitatives ont été résumées sous forme de fréquences et de pourcentages. Les facteurs associés à la faible vaccination contre le Mpox ont été identifiés à l'aide d'une régression logistique bivariée puis multivariée. Les variables associées à l'analyse bivariée avec un seuil de significativité inférieur à 5% ont été incluses dans le modèle multivarié initial. Le modèle final a été obtenu selon une procédure manuelle descendante pas à pas. Les associations ont été exprimées en Odds Ratio ajustés (ORa) avec leurs intervalles de confiance à 95%. Le seuil de significativité statistique retenu dans le modèle final était fixé à 5%. Les analyses statistiques ont été réalisées à l'aide du logiciel SPSS version 25. Compte tenu du plan d'échantillonnage en grappes à plusieurs degrés, un effet de grappe (design effect, DEFF) a été estimé afin d'apprécier l'impact potentiel de la corrélation intra-grappe sur les estimations. Celui-ci a été calculé selon la formule: DEFF=1+(m−1)ρ; où m représente la taille moyenne des grappes et ρ\rhoρ le coefficient de corrélation intra-grappe (intraclass correlation coefficient, ICC). En considérant une taille moyenne d'environ huit participants par établissement de soins et un ICC hypothétique de 0,02, couramment utilisé en santé publique, le DEFF estimé était de 1,14.

Considérations éthiques: le protocole de recherche a obtenu l'autorisation du comité d'éthique pour la recherche en santé n°735/CNES/BN/PMMF/2025. Au cours de l'enquête, le consentement libre et éclairé de chaque enquêté était systématiquement requis. L'anonymat des participants a été respecté notamment l'absence des noms des enquêtés dans les questionnaires lors des interviews et le stockage des données était fait au niveau du serveur dont l'accès était limité qu'à l'investigateur principal. Compte tenu de la vulnérabilité potentielle des PvVIH, les entretiens ont été réalisés en toute confidentialité, en l'absence des prestataires de soins, et après une information complète sur le caractère volontaire de la participation et le droit de retrait sans conséquence. Un consentement éclairé a été obtenu auprès de chaque participant. Aucune compensation financière ou matérielle n'a été remise pour participer à cette étude.

 

 

Résultats Up    Down

Parmi les 521 PvVIH contactées, 518 ont participé à l'étude, soit un taux de réponse de 99,42%, tandis que 3 personnes n'ont pas répondu (0,58%). Ce très faible taux de non-réponse limite le risque de biais de non-réponse et témoigne d'une excellente acceptabilité de l'étude. Par ailleurs, aucune donnée manquante significative n'a été rapportée dans les variables analysées, suggérant une bonne complétude des données collectées.

Description des caractéristiques socio-démographiques des personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, octobre 2025: l'échantillon comprenait 518 répondants, majoritairement âgés de plus de 30 ans (75,9%), tandis que les moins de 30 ans représentaient 24,1%. Les femmes étaient prédominantes (66,2%) comparativement aux hommes (33,8%). Sur le plan socio-professionnel, les fonctionnaires (33%) et les ménagères (30,1%) constituaient les groupes les plus représentés, suivis des débrouillards (20,7%) et des commerçants (16,2%). Concernant le statut marital, 43,6% étaient mariés et 31,9% célibataires. La majorité des participants avait un niveau d'étude secondaire ou supérieur (71,2%) (Tableau 1).

État du suivi virologique et du contrôle de la charge virale chez les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, octobre 2025: le Tableau 2 présente la situation de la charge virale et du retrait des résultats chez les PvVIH. Dans l'ensemble, la majorité des participants n'ont pas réalisé de charge virale récente. En effet, 318 participants (61,3%) n'avaient pas effectué de test de charge virale, contre 200 (38,7%) qui en avaient bénéficié. Parmi les participants ayant réalisé une charge virale, les délais de retrait des résultats varient considérablement. Une proportion importante (43%) avait retiré ses résultats au-delà d'un mois, tandis que 17% les avaient récupérés entre une semaine et un mois, et seulement 14% dans un délai inférieur ou égal à une semaine. Par ailleurs, 26% des résultats n'avaient pas été retirés. Concernant le niveau de contrôle virologique, 342 participants (66,1%) avaient présenté une charge virale non contrôlée, contre 176 (33,9%) avec une charge virale contrôlée. Cette proportion élevée de charge virale non contrôlée indique une situation préoccupante en termes de prise en charge et d'observance thérapeutique

Connaissances relatives à la Mpox et couverture vaccinale chez les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, octobre 2025: les résultats montrent un faible niveau de sensibilisation et de connaissance de la Mpox parmi les participants. En effet, seulement 25,3% avaient déjà entendu parler de la maladie, 26,6% en connaissaient les signes et 21,8% identifiaient les établissements de santé offrant les services liés à la Mpox. Par ailleurs, la couverture vaccinale demeurait extrêmement faible, avec seulement 5,2% des répondants déclarant avoir été vaccinés (Tableau 3).

Facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox chez les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa: l'analyse bivariée des facteurs associés à la faible vaccination contre le Mpox chez les PvVIH montre que seuls certains facteurs présentent une association significative. L'âge est significativement associé à la faible vaccination, les PvVIH âgées de 30 ans et plus présentant un risque plus élevé comparativement à celles de moins de 30 ans (OR = 4,3 ; IC95%: 1,08-17,08 ; p = 0,038). En revanche, le sexe, le niveau d'instruction ainsi que la charge virale ne sont pas significativement associés à la faible vaccination (Tableau 4). Par ailleurs, les facteurs liés à l'information et au vécu psychosocial apparaissent comme les plus déterminants. Une faible connaissance du Mpox est fortement associée à la faible vaccination (OR = 5,8 ; IC95%: 2,1-15,4 ; p < 0,001). De même, la stigmatisation constitue le facteur le plus fortement associé, les PvVIH ayant rapporté des expériences de stigmatisation présentant environ sept fois plus de risque de faible vaccination (OR = 7,1 ; IC95%: 2,5-19,4 ; p < 0,001).

Analyse multivariée des facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox chez les PvVIH à Kinshasa: l'analyse multivariée a permis d'identifier les facteurs associés à la faible vaccination contre le Mpox chez les PvVIH. En revanche, le niveau de connaissance sur le Mpox apparaît comme un facteur important. Les PvVIH ayant une faible connaissance de la maladie présentent près de cinq fois plus de risque de faible vaccination comparativement à celles ayant une bonne connaissance (ORa = 4,8 ; IC95%: 1,72-13,80 ; p < 0,003) (Tableau 5). De même, la stigmatisation est fortement associée à la faible vaccination. Les participants ayant rapporté des expériences de stigmatisation ont environ six fois plus de risque de faible vaccination que ceux ne rapportant pas de stigmatisation (ORa = 5,9 ; IC95%: 2,01-17,68 ; p < 0,001). Ainsi, les facteurs significativement associés à la faible vaccination contre le Mpox chez les PvVIH sont principalement d'ordre informationnel et psychosocial, notamment la connaissance insuffisante de la maladie et la stigmatisation.

 

 

Discussion Up    Down

La présente étude visait à identifier les facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox chez les PvVIH dans la ville de Kinshasa. Les hypothèses for-mulées postulaient que le faible niveau d'instruction, l'ignorance des signes cliniques de la Mpox ainsi que la stigmatisation influençaient négativement le recours à la vaccinale dans cette population. Les résultats obtenus confirment partiellement ces hypothèses et mettent en évi-dence des facteurs importants de la faible couverture vaccinale contre la Mpox chez les PvVIH.

Les résultats de cette étude ont révélé une couverture vaccinale contre la Mpox particulièrement faible parmi les PvVIH à Kinshasa, avec seulement 5,2% des participants ayant reçu au moins une dose du vaccin. Cette prévalence vaccinale est nettement inférieure aux proportions rapportées au niveau mondial (35,7%) et en Europe (27%), mais comparable aux données limitées disponibles dans certains pays africains où l'accès au vaccin demeure très restreint [3,7,19]. Ce faible niveau de vaccination met en évidence un problème majeur de santé publique et suggère l'existence de multiples barrières à l'accès et à l'acceptation de la vaccination [20]. La proportion élevée de participants présentant une charge virale non contrôlée pourrait également traduire les insuffisances du suivi biologique des PvVIH, notamment la faible couverture de la mesure de la charge virale dans les programmes de prise en charge. Cette observation rejoint les résultats de Diallo et al. à Ouagadougou, qui ont montré que l'accès à cet examen demeure limité malgré sa gratuité, compromettant le suivi optimal des patients et l'atteinte des objectifs de suppression virale [21]. Cette situation est susceptible de réduire les opportunités d'intégrer la vaccination aux services de suivi du VIH et contribue à maintenir les personnes immunodéprimées à l'écart des interventions préventives.

L'analyse bivariée a permis d'identifier plusieurs facteurs associés à la faible vaccination. La faible connaissance de la maladie constitue un facteur important, traduisant l'impact du déficit d'information sur l'adoption des comportements préventifs. Par ailleurs, la stigmatisation liée au VIH apparaît comme un facteur fortement associé à la réticence vaccinale, pouvant limiter l'accès et l'utilisation des services de santé. Cependant, l'analyse multivariée, en contrôlant les effets de confusion, montre que seuls deux facteurs demeurent indépendamment associés à la faible vaccination: la faible connaissance de la Mpox et la stigmatisation. Les PvVIH ayant un faible niveau de connaissance présentent un risque environ cinq fois plus élevé de ne pas être vaccinés. Ce résultat confirme le rôle déterminant des facteurs cognitifs dans l'adoption des comportements préventifs et s'inscrit dans le cadre du Modèle de croyances en matière de santé, selon lequel une faible perception de la gravité ou de la susceptibilité à une maladie réduit la probabilité d'adopter des mesures de prévention telles que la vaccination.

Le faible niveau de connaissances sur la Mpox constitue un second facteur déterminant. Dans cette étude, seuls 24,1% des participants avaient déjà entendu parler de la Mpox, ce qui montre une insuffisance notable de sensibilisation communautaire [12,13]. Or, des travaux réalisés au Nigeria et en Afrique de l'Ouest démontrent que le niveau de connaissance influence significativement l'intention vaccinale et l'adoption des mesures préventives. Ce déficit d'information pourrait donc limiter la perception du risque et réduire la demande spontanée de vaccination. La stigmatisation et la discrimination liées au VIH apparaissent également comme des obstacles majeurs. Les participants ayant rapporté des expériences de stigmatisation étaient significativement moins susceptibles d'être vaccinés [14,22]. Ce résultat est soutenu par la littérature internationale, qui indique que la stigmatisation compromet l'accès aux soins, favorise l'évitement des services de santé et constitue un frein majeur aux interventions préventives, y compris la vaccination. Dans un contexte où les PvVIH sont particulièrement exposées aux formes graves de Mpox, la persistance de barrières psychosociales compromet l'efficacité des stratégies de santé publique [7,9,10,23].

Par ailleurs, la disponibilité limitée du vaccin Mpox en République Démocratique du Congo constitue un facteur contextuel important susceptible d'avoir contribué à la faible couverture observée. Toutefois, cette dimension n'a pas été directement mesurée dans l'étude, ce qui limite l'évaluation de son effet spécifique. Il est probable que des contraintes d'offre, telles que des ruptures de stock ou une distribu-tion inégale, interagissent avec les facteurs individuels identifiés. Certaines limites doivent être prises en compte. Le recrutement des participants exclusivement dans les structures de soins expose à un biais de sélection, avec une possible surreprésentation des PvVIH les plus engagées dans leur suivi médical. Cela pourrait conduire à une surestimation de la couverture vaccinale. Ces observations sont cohérentes avec la littérature montrant que les études en milieu de soins en Afrique subsaharienne ne capturent pas toujours les populations les plus marginalisées [24,25]. De plus, la sous-représentation des personnes désengagées des soins pourrait limiter la généralisation des résultats.

Enfin, ces résultats montrent que la faible vaccination contre la Mpox chez les PvVIH est principalement liée à des facteurs cognitifs et psychosociaux, en particulier le faible niveau de connaissance et la stigmatisation, plutôt qu'à des caractéristiques sociodémographiques ou cliniques. Ces éléments constituent des leviers prioritaires pour les interventions de santé publique. Par ailleurs, le soutien des partenaires techniques, notamment l'Organisation mondiale de la Santé et le Centre Africain de Contrôle et de Prévention des maladies, ainsi que l'implication des organisations communautaires, est essentielle pour améliorer l'accès aux vaccins, stimuler la demande et réduire les barrières sociales à la vaccination.

Limites de l'étude: malgré les résultats encourageants observés, certaines limites devraient être pris en compte dans l'interprétation des données. En raison de son caractère transversal, cette étude ne permet pas d'établir de relation causale entre les facteurs étudiés et la faible couverture vaccinale contre la Mpox, l'exposition et l'issue ayant été mesurées simultanément. Par ailleurs, le recrutement exclusivement limité aux PvVIH suivies dans des structures de soins pourrait réduire la représentativité de l'échantillon par rapport à l'ensemble des PvVIH de la population générale, notamment en excluant les patients non suivis médicalement. Enfin, la charge virale ayant été auto-déclarée par les participants, un biais de rappel ne peut être totalement exclu. Toutefois, le suivi régulier des patients au sein des structures de soins est susceptible d'en atténuer l'impact.

 

 

Conclusion Up    Down

Cette étude révèle une faible couverture vaccinale contre la Mpox chez les PvVIH à Kinshasa, malgré leur vulnérabilité accrue aux formes sévères. Les facteurs associés à cette faible vaccination incluent des connaissances limitées sur la Mpox et la stigmatisation liée au VIH. Pour améliorer la couverture vaccinale, il est recommandé d'intégrer systématiquement la vaccination Mpox dans les services VIH, de renforcer l'éducation sanitaire, de réduire la stigmatisation dans les structures de soins et d'assurer un approvisionnement continu en vaccins. Ces actions sont essentielles pour une meilleure prévention des formes graves de Mpox chez les PvVIH.

Etat des connaissances sur le sujet

  • La couverture vaccinale contre la Mpox chez les PvVIH demeure globalement faible, particulière-ment en Afrique, où les taux rapportés sont nettement inférieurs à la moyenne mondiale;
  • Les barrières à la vaccination contre la Mpox parmi les PvVIH sont liées à des facteurs multiples, notamment: le manque d'information, les inégalités d'accès aux services de santé et la stigmatisation associée au VIH.

Contribution de notre étude à la connaissance

  • Première estimation documentée de la couverture vaccinale Mpox chez les PvVIH à Kinshasa, met-tant en évidence un taux extrêmement faible (5,2%) dans un contexte urbain à forte charge VIH;
  • L'étude a permis d'identifier les facteurs associés à la faible vaccination des PvVIH contre la Mpox, dans le contexte spécifique de la ville de Kinshasa;
  • Il s'agissait des connaissances limitées des signes de Mpox (OR = 4,8), de la stigmatisation, ainsi que de la discrimination liée au VIH (OR = 5,9), fournissant des preuves statistiques robustes pour orienter les interventions.

 

 

Conflits d'intérêts Up    Down

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.

 

 

Contributions des auteurs Up    Down

Maurice Felo Twendimbadi a conçu l'étude, rédigé le protocole de recherche, analysé les données et a rédigé le rapport d'étude et le manuscrit. Ange Mavula Ndeke a supervisé les équipes de terrain et contribué à la rédaction du protocole. Horace Eketa Pene Akata a contribué dans la rédaction du protocole, traitement des données et a corrigé le manuscrit. Dagobert N'tangu Menayame a contribué à la collecte des données, la rédaction du protocole et a corrigé le manuscrit. Papy Kawata Dagumbu a corrigé le protocole de recherche et le manuscrit. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale de ce manuscrit.

 

 

Remerciements Up    Down

Les auteurs expriment leur sincère gratitude à la Division Provinciale de la Santé (DPS) de Kinshasa pour son soutien institutionnel à la mise en œuvre de cette étude, ainsi qu'aux équipes cadres des zones de santé (ECZS) pour leur accompagnement sur le terrain. Ils remercient également les prestataires des établissements de santé pour leur collaboration, les enquêteurs pour leur engagement dans la collecte des données, ainsi que l'équipe du projet de Community-Led Monitoring de l'Union Congolaise des Organisations des Personnes vivant avec le VIH (UCOP+) pour leur appui technique et organisationnel.

 

 

Tableaux et figures Up    Down

Tableau 1: description des caractéristiques socio-démographiques des personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, octobre 2025
Tableau 2: état du suivi virologique et du contrôle de la charge virale chez les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, octobre 2025
Tableau 3: connaissances relatives à la Mpox et couverture vaccinale chez les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa, octobre 2025
Tableau 4: facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox chez les personnes vivant avec le VIH à Kinshasa
Tableau 5: analyse multivariée des facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox chez les PvVIH à Kinshasa
Figure 1: modèle conceptuel des facteurs associés à la faible vaccination contre la Mpox à Kinshasa

 

 

Références Up    Down

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