Gestion des excréts dans la localité de Pakadjuma à Kinshasa, en République Démocratique du Congo
Junior Bosenga Bokeko, Serge-Obed Kapanga, Yannick Musawu Kabadi, Thérèse Mambu Nyangi Mondo
Corresponding author: Junior Bosenga Bokeko, Division Provinciale de Santé, Province de la Tshuapa, Boende, République Démocratique du Congo 
Received: 27 Oct 2025 - Accepted: 28 Jun 2026 - Published: 26 Oct 2026
Domain: Environmental health
Keywords: Gestion des excréta, défécation à l’air libre, Pakadjuma, Kinshasa, République Démocratique du Congo
Funding: Funding statement file not available - Manually update the funding statement
©Junior Bosenga Bokeko et al. PAMJ-One Health (ISSN: 2707-2800). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Cite this article: Junior Bosenga Bokeko et al. Gestion des excréts dans la localité de Pakadjuma à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. PAMJ-One Health. 2026;21:16. [doi: 10.11604/pamj-oh.2026.21.16.49978]
Available online at: https://www.one-health.panafrican-med-journal.com/content/article/21/16/full
Research 
Gestion des excréts dans la localité de Pakadjuma à Kinshasa, en République Démocratique du Congo
Gestion des excréts dans la localité de Pakadjuma à Kinshasa, en République Démocratique du Congo
Management of excreta in the locality of Pakadjuma in Kinshasa, Democratic Republic of the Congo
Junior Bosenga Bokeko1,&,
Serge-Obed Kapanga2, Yannick Musawu Kabadi3,4, Thérèse Mambu Nyangi Mondo4
&Auteur correspondant
Introduction: en République démocratique du Congo, on estime que 18,1% des ménages ne disposent pas de latrines et que 12% de la population pratiquent la défécation à l'air libre (DAL). Pakadjuma, un bidonville de la Zone de Santé urbaine de Limete, porte depuis 1980 le fardeau de la mauvaise gestion des excréta à Kinshasa. L'objectif de cette recherche était de décrire les pratiques des habitants de Pakadjuma sur la gestion des excréta.
Méthodes: il s'est agi d'une étude transversale descriptive par approche qualitative menée entre janvier et mars 2023. Au total, dix entretiens semi-structurés, une observation non participante et deux focus groups ont été conduits auprès des leaders d'opinion et des anciens habitants de Pakadjuma. Les données ont été traitées et analysées à l'aide du logiciel ATLAS.ti 7.
Résultats: la majorité des habitants avait des pratiques défavorables: la DAL ou la défécation dans des vases ou des sachets qu'ils évacuent dans la nature; le refus d'utilisation des toilettes publiques payantes; les rares toilettes trouvées étaient dites «à coûts directs» car déversant directement les excréments dans les caniveaux ou dans la rivière.
Conclusion: l'inaccessibilité aux latrines hygiéniques et les mauvaises pratiques à Pakadjuma sont les principales causes de la gestion défectueuse des excréments qui nécessitent une bonne communication et une sensibilisation des ménages pour espérer un changement de comportement.
Introduction: in the Democratic Republic of Congo, it is estimated that 18.1% of households lack latrines and 12% of the population engages in open defecation (OD). Pakadjuma, a slum in the Limete Urban Health Zone, has borne the burden of poor excreta management in Kinshasa since 1980. The objective of this research was to describe the practices of Pakadjuma residents regarding excreta management. Methods: this was a descriptive cross-sectional study using a qualitative approach conducted between January and March 2023. A total of ten semi-structured interviews, a non-participant observation, and two focus groups were conducted with opinion leaders and former residents of Pakadjuma. The data were processed and analyzed using the Atlas ti7 software. Results: the majority of residents had unfavorable practices: Open Defecation or defecation in containers or plastic bags, which they dispose of in nature; refusal to use pay-per-use public toilets; the few toilets that were found were described as: 'Direct costs' because they pour excreta directly into gutters or into the river. Conclusion: the inaccessibility to hygienic latrines and poor practices in Pakadjuma are the main causes of defective excreta management, which require good communication and household awareness to hope for behavioral change.
Keywords: Excreta management, open defecation, Pakadjuma, Kinshasa, Democratic Republic of the Congo
Les excrétas sont un ensemble de substances rejetées hors de l'organisme, consistant principalement en des déchets de la nutrition et du métabolisme, dont: la bile, la sueur, le gaz carbonique, les crachats, les vomissements, les urines et les fèces (matières fécales). Un gramme de fèces peut contenir 10 millions de virus, un million de bactéries (Escherichia coli, Klebsiella, pneumoniae, entérocoques résistants aux glycopeptides) et mille kystes parasites [1].
Au rythme croissant de la population, un impératif naît et mérite des solutions urgentes. Il s'agit de la gestion des déchets, plus particulièrement celle des excréments, qui paraît à ce jour un casse-tête pour ceux qui ont la responsabilité des ménages et surtout pour ceux qui ont la charge de la chose publique. D'après l'OMS, plus de 673 millions de personnes pratiquent la défécation à l'air libre et 91% vivent dans des zones rurales [2]. L'objectif 6 de développement durable (ODD 6) porte sur l'eau potable et l'assainissement. Il exige un assainissement et une hygiène adéquats et équitables accessibles à tous et la mise à terme de la défécation à l'air libre [3].
En l'absence de toilettes, la manière alternative de se soulager en pleine nature, dans des sacs plastiques, à proximité d'habitations ou de points d'eau engendre de graves risques sanitaires. [4]. Le réservoir à microbes, se retrouve ainsi à la portée des adultes et des enfants, des animaux et des insectes, et contamine les cours d'eau. L'ingestion ou le contact avec une eau polluée par les excréments est mortel. Chaque année dans le monde, 2 millions d'enfants de moins de cinq ans décèdent de la diarrhée, causée principalement par un manque d'assainissement et d'hygiène [3]. Les maladies hydriques (comme la diarrhée, le choléra, la typhoïde, etc.) font chaque année des millions de victimes.
Dans la région subsaharienne et dans la plupart des villes africaines, les technologies de collecte, de traitement et de recyclage des ordures ménagères ainsi que des excrétas restent rudimentaires [5]. En RDC, on estime en moyenne à 18,1% la proportion des ménages ne disposant pas de latrines; cette proportion est de 5,3% pour les milieux urbains et de 22,5% pour les milieux ruraux. Tandis que le taux d'utilisation des latrines améliorées dans le pays est estimé à plus de 76% [6]. Dans la Ville-Province de Kinshasa, le taux de la population qui pratique la défécation à l'air libre est faible, soit 1,4%, et dans les autres provinces le taux varie entre 0,8% et 41% avec une concentration de la DAL au nord-est du pays, comme nous pouvons l'apprécier ci-dessous [6]. La localité de Pakadjuma dans la Zone de Santé de Limete est née d'une manière anarchique à la suite des effets de l'exode rural dans les années 1980. Les latrines sont quasi inexistantes et quand elles existent, elles se réduisent à de petits trous abrités par quelques lambeaux de tissu. La plupart de ces installations sont situées aux abords de la rivière Funa pour faciliter l'évacuation des excrétas [7]. Malgré quelques actions menées: la sensibilisation des habitants de Pakadjuma à stopper la DAL en 2012 par le regroupement des organisations congolaises du secteur de l'eau, de l'hygiène et de l'assainissement; la distribution des lave-mains aux habitants par le Ministre de la santé en 2016 [3]; la construction de toilettes en juin 2019 par le gouvernement congolais; d'une fontaine d'eau et des toilettes publiques en 2020 par la fondation Widal, installation de dix bladers d'eau par la fondation Veolia en 2018… Mais la population continue toujours à pratiquer la défécation à l'air libre avec toutes les conséquences qui en découlent.
Dans ce contexte, cette étude visait à comprendre la manière dont les habitants de Pakadjuma gèrent leurs excréta. La principale question de recherche était de décrire les pratiques des habitants sur la gestion des excrétas?
Type d'étude, cadre et période d'étude: il s'est agi d'une étude transversale descriptive par approche qualitative portant sur les pratiques de la gestion des excrétas dans la localité de Pakadjuma. Ce dernier est situé dans la commune de Limete (Kinshasa) et est resté une enclave que certains Kinois n'osent pas fréquenter, à la suite de sa mauvaise réputation. La prostitution, la délinquance, le viol, le vol, les violences physiques, les disputes…font le quotidien des habitants de cet amas de taudis. Il regorge majoritairement de ressortissants du grand Équateur qui ne savent où loger [8]. En 2022, la localité Pakadjuma comptait une population estimée à 19 570 habitants. Il se situe à quelques mètres de la décharge des boues de fosses septiques de Kinshasa. Il est coincé entre la voie ferrée de la Société Congolaise des Postes et Télécommunications Port (SCPT) et la route qui mène vers l'école de l'Aviation de Ndolo. C'est un bidonville unique en son genre, par son infrastructure hors norme et surtout par la mentalité de ceux qui le gouvernent. À la première vue, on découvre des habitations constituées d'amas de pièces de ferraille, de plastique et de triplex couverts de tôles usées surplombées de câbles électriques à moitié dénudés dressés d'une manière désordonnée. La collecte des données s'était déroulée dans la période du 06 janvier au 10 mars 2023.
Techniques de collecte de données et informations recherchées: trois techniques de collecte de données ont été utilisées. D'abord, les entretiens semi-structurés avec les informateurs clés; ensuite, l'observation non participante autour des installations hygiéniques et de l'environnement en général. Enfin, les discussions de groupe focalisées avec les membres de la communauté. Les entretiens semi-structurés étaient menés par des enquêteurs qualifiés, expérimentés et formés aux techniques de conduite d'entretiens qualitatifs. Les rendez-vous pour les entrevues dépendaient de la disponibilité du répondant et c'était ce dernier qui fixait le lieu de la rencontre (au poste de travail ou encore dans un milieu neutre et calme). Les discussions de groupe focalisé étaient animées par l'investigateur principal de l'étude, utilisant un guide d'animation, assisté par un preneur de son et un preneur de notes. Les participants étaient réunis dans le Centre de Traitement du Choléra qui se trouve dans l'aire de santé de Pakadjuma, Zone de Santé de Limete/Kinshasa et qui représente un milieu calme et neutre pour tous les participants. Avec un dictaphone, le preneur de son avait la responsabilité d'assurer une bonne qualité des enregistrements audio. Les informations recherchées portaient sur les pratiques en rapport avec l'utilisation ou non des latrines; les pratiques en rapport avec la construction des latrines; les pratiques de lavage des mains après les selles ou avant le repas ; les canaux de communication utilisés par les autorités sanitaires et civiles pour la gestion des excréta. Les questions étaient administrées en suivant un guide d'entretien préalablement testé.
Population d'étude, taille de l'échantillon et sélection des participants: notre population d'étude était constituée de trois catégories de répondants vivant tous dans la localité de Pakadjuma. La première catégorie des répondants était celle constituée de vingt habitants de la localité de Pakadjuma, dont dix hommes et dix femmes, réunis au sein de deux groupes de discussion. Ces habitants étaient recrutés avec le concours d'un relais communautaire influent du milieu en tenant compte de leur âge (au moins 18 ans) et de leur ancienneté d'au moins 6 mois dans la localité pour assurer la richesse et la pertinence des informations. La deuxième catégorie était celle constituée de quatre leaders communautaires de Pakadjuma, à savoir: un chef de localité; un infirmier titulaire d'une structure sanitaire; un représentant d'une ONG œuvrant dans le Wash et une représentante des femmes prostituées. Dans la troisième catégorie, nous avions rapproché les tenanciers des établissements classés. Le choix de cette dernière catégorie de participants était motivé par le mode de vie des habitants de Pakadjuma, qui montre une forte dépendance à l'égard de certains établissements classés, notamment: les restaurants de fortune (Malewa), des bars pour l'alcool indigène (Nganda Lotoko), des hôtels de fortune (Kuzu) et des marchés de chanvre (Nganda ya diamba). Il fallait donc documenter l'expérience de la gestion des excréta auprès des gestionnaires de ces établissements.
Analyse des données: les audios enregistrés lors des entretiens semi-structurés et des focus groups avaient été écoutés attentivement et transcrits littéralement et intégralement avec une traduction en français pour les audios enregistrés en lingala (langue locale). Ensuite, ils ont été lus et relus pour en saisir le sens des données avec les objectifs en tête. Tous les transcrits ont été vérifiés pour détecter les erreurs de transcription (contrôle de qualité) en réécoutant les enregistrements audio tout en lisant simultanément les transcrits. Trois membres de l'équipe de recherche ayant des backgrounds différents dont: l'investigateur principal, expert en Santé et Environnement ; un socio-anthropologue et chef de travaux à la faculté des sciences sociales ; et un expert en santé communautaire, avaient écouté, lu et codifié indépendamment un transcrit par catégorie des répondants à l'étude pour produire une grille de codification (Codebook) en comparant les propositions de codes et en réalisant une uniformisation des codes similaires par consensus. Une définition opérationnelle était formulée pour chacun des codes afin de permettre la codification du reste des transcrits, ainsi les textes qui avaient le même sens ont été rattachés à un code. Les codes qui avaient des contenus similaires ont été regroupés en catégories. Une fois la codification terminée, un cadre d'analyse a été créé et les données ont été placées dans une matrice Excel pour mieux visualiser les tendances et générer des synthèses de données primaires selon les thèmes émergents. Les cas déviants avaient été discutés et avaient été soulignés ainsi que toute autre considération.
Considérations éthiques: ce protocole de recherche a été soumis et approuvé par le comité d'éthique de l'École de Santé Publique de Kinshasa dans sa lettre d'approbation: ESP/CE/157/2024. Un consentement éclairé écrit a été requis pour chaque répondant avant l'administration du questionnaire. Le temps qui était pris au répondant lui avait été clairement expliqué; aucune technique invasive n'avait été utilisée.
Description des répondants: le sex-ratio des répondants était H/F = 1,1; la majorité des répondants (26,7%) avait un âge compris entre 38 et 45 ans, avec une médiane de 49,5 ans et un EIQ de 12 aux entretiens individuels, et de 41,5 ans et un EIQ de 22 aux focus groups. Le plus haut niveau d'étude atteint par la majorité (46,6%) était le secondaire, suivi de ceux du niveau primaire, soit 36,7%. Environ 2/5 d'entre eux étaient mariés (43,3%) et près d'une personne sur cinq (26,7%) était dans une union libre. Les répondants rencontrés étaient plutôt des chrétiens dont 40% priaient dans les églises de réveil. Les professions les plus rencontrées étaient celles des commerçants et des travailleurs du secteur privé, représentant chacune 26,7% (Tableau 1).
Principaux thèmes
Les pratiques de gestion des excrétas dans l'Aire de Santé de Pakadjuma: les habitants de Pakadjuma, faute de toilettes, défèquent dans des vases, des pots ou des sachets, qu'ils jettent ensuite directement dans la nature. Les selles des enfants sont déposées sur le sol et recouvertes de sable. Les rares toilettes disponibles sont reliées directement aux caniveaux ou rejettent leurs déchets dans la rivière. Voici leurs propos: i) ils mettent les fèces dans des sachets et les jettent dans la rue ou ils mettent les fèces dans les pots et vont les jeter au niveau des rails. (Tenancier de KUZU, M, 43 ans); ii) Deuxièmement, là où il y a des toilettes. D'ailleurs, ce sont des toilettes dont les dalles longent les caniveaux et y sont connectées directement, c'est-à-dire que, quand ils défèquent, les excréments descendent directement dans le caniveau. C'est comme ça qu'ils évacuent leurs excréments. (Gestionnaire d'hôtel, M 50 ans); iii) Les enfants font caca à même le sol; il n'y a pas d'autre endroit pour les enfants, c'est toujours sur le sol. Parfois, quand l'enfant fait caca au sol, sa maman vient l'enlever pour aller le jeter dans la rivière, sur les rails ou dans le caniveau ou encore on couvre ce caca avec le sable sur place. (Tenancier de KUZU, M, 43 ans)
L'utilisation des toilettes: il ressort de cette étude que la non-utilisation des toilettes pousse à la pratique de la DAL pour les garçons et les enfants. Les femmes préfèrent l'utilisation de pots, de vases et de sachets qu'elles jettent par la suite dans la nature (rivières, caniveaux, voies ferrées ou terrains de football). «La majorité utilise la nature comme lieu de défécation. (Infirmier de Pakadjuma, M, 50 ans)».
Quelques participants ont affirmé que ceux qui pratiquent la défécation à l'air libre la font dans la brousse, dans les herbes, pendant qu'il fait nuit, lorsqu'ils estiment être en sécurité: «Hein, ils font ça dans l'obscurité de la nuit.» Il observe; ils agissent dans l'ombre, scrutent de tous côtés pour s'assurer qu'il n'y a personne, puis abandonnent leurs excréments. (Responsable communautaire, homme, 57 ans).
La pratique de l'hygiène des mains: quelques participants avaient également signalé le phénomène du vol des dispositifs de lavage des mains, corroborant ces accusations grâce à des témoignages recueillis auprès d'informateurs clés: «Hélas, nous les Africains n'avons pas l'habitude de nous laver les mains avant de manger.»
Un professionnel de santé appuie la nécessité de contrôler les normes d'hygiène pour une gestion efficace des déchets humains au sein de la communauté. «Oui, les mesures sanitaires pour éviter la contamination, ça, c'est essentiel. C'est aussi même chez nous ici, vous trouvez qu'à côté là-bas il y a du savon et puis il y a le lave-mains si quelqu'un vient des toilettes, nous lui demandons de se laver les mains avec du savon. Nous avons mené les démarches pour obtenir quelques lave-mains qu'on avait placés dans tous les coins ici. Mais malheureusement on a tout arraché. (Infirmier de Pakadjuma, M, 50 ans)».
Le type des toilettes: en ce qui concerne les toilettes à Pakadjuma, la majorité des répondants a indiqué qu'ils ne disposent pas de latrines. Seuls quelques ménages situés le long de la rivière possèdent des toilettes de fortune, dont les excréments sont directement évacués dans la rivière ou les caniveaux, exposant ainsi la communauté à une pollution fécale permanente (Figure 1). Les enclos de ces toilettes sont souvent constitués de sacs, d'habits usés ou de tôles recyclées. La Figure 1 présente une image prise lors de la collecte des données et illustrant une toilette dite «à coup direct». Ce type d'installation se caractérise par un tuyau qui déverse directement les excrétas dans le cours d'eau traversant la localité de Pakadjuma. Ce mode de gestion des excrétas demeure une pratique courante au sein de la majorité des ménages de ce milieu.
Une minorité affirme avoir des toilettes construites en matériaux durables (carrelées) avec une fosse septique, mais dont les murs montraient des fissures. Un informateur clé a relevé: «Ceux qui ont un peu de moyens ont de bonnes toilettes faites avec des dalles; si c'est plein, il y a un camion de vidange qui vient vider, mais les autres ont des toilettes de «coup direct» qui jettent directement les excréments dans le caniveau. C'est-à-dire quand ils défèquent et quand ils se lavent, l'eau et les excréments descendent directement dans le caniveau et c'est ce genre de toilettes qui rend très sales les caniveaux. (Participant 1 au FG des hommes, M, 32 ans)».
Les canaux de communication utilisés dans la gestion des excrétas: en ce qui concerne les moyens de communication utilisés pour modifier les mauvaises pratiques et comportements à risque liés à la gestion des excréments à Pakadjuma, les participants à l'étude ont principalement mentionné les relais communautaires et les chefs de rue, qui diffusent les messages à l'aide de mégaphones. Parfois, les prestataires de soins conseillent également leurs patients lors des consultations pour prévenir les maladies liées à ces pratiques. Cependant, selon un participant, malgré la sensibilisation, le changement reste difficile en raison du manque d'équipements adaptés pour une bonne gestion des excrétas: «On utilise souvent les RECO; ce sont eux qui font la sensibilisation, même comme vous, là-bas, quand vous passez ; on utilise les mégaphones pour les enseignements par les personnels de santé. (Tenancier de KUZU, M, 43 ans) ». Les relais communautaires agissent en tant que ressources au sein de la communauté pour améliorer la communication autour des risques et l'implication de la communauté: «Les agents relais communautaires sont fréquemment employés comme moyens de transmission. Ils prodiguent des recommandations à la population sur la façon appropriée de gérer les excréments, en matière d'assainissement environnemental et d'installations sanitaires.» (Hôtelier, M 50 ans) ». Il est crucial d'impliquer les leaders communautaires et les autorités politico-administratives pour garantir la participation active des communautés à la gestion des excrétas, afin de prévenir la réapparition des maladies endémiques et hydriques au sein de la population: «En effet, nous, les responsables de quartier, avons l'habitude de nous rassembler avec les chefs de rue lorsqu'une décision impliquant la communauté doit être prise. Dans ce cas, nous utilisons le biais des chefs de rue pour communiquer avec la population. C'est à l'aide d'un mégaphone, ou plutôt avec sa propre voix, qu'il s'écrie: «On nous a demandé ça!» Il faut mettre ça en place! Il faut le faire! Il passe, il repasse. La communauté est informée de la décision que nous venons de prendre.» (Leader communautaire, M, 57 ans).
Cette étude a révélé plusieurs constatations importantes: une grande partie des habitants de Pakadjuma ne se lave pas les mains après être allés aux toilettes ou avant de manger, le vol des dispositifs de lavage des mains par certains résidents, la pratique de la défécation à l'air libre chez les hommes et les enfants, ainsi que l'utilisation de vases ou de pots par les femmes. La discussion s'est principalement portée sur les pratiques liées à la gestion des excrétas. L'étude avait révélé que la plupart des habitants de Pakadjuma ne se lavent pas les mains après être allés aux toilettes, certains mangeant même sans se laver les mains, et que la défécation à l'air libre est courante. Seule une minorité reconnaît se laver les mains avec du savon après la toilette pour prévenir les maladies liées aux mains sales. Le vol des dispositifs de lavage des mains a également été signalé. Une étude similaire menée au Burkina Faso par Zakari B montrait que près de la moitié des personnes interrogées ne se lavaient pas simplement les mains avant les repas, et seulement 32% de ceux qui se lavaient utilisaient du savon, malgré la pratique fréquente de manger à la main en milieu rural [9]. Ces comportements, associés à une forte commensalité par groupe d'âge et de genre, augmentent les risques de contamination et de propagation des maladies. Cette situation s'explique par la précarité des conditions de vie, les habitudes culturelles, les contraintes pratiques (comme faire ses besoins en brousse sans eau à proximité) et le manque d'accès à l'eau potable. La défécation à l'air libre est principalement pratiquée par les garçons et les enfants, tandis que les femmes et les enfants utilisent des vases et des pots. Nos résultats concordent avec une étude réalisée au Sénégal montrant que la majorité des adultes et des enfants défèquent dans la nature [10]. Une autre étude menée au quartier FS à Lomé par Ekou L. indique que parmi 38 concessions sans latrine, 63,2% pratiquaient la défécation à l'air libre, 21,1% se soulageaient à côté de la maison, et 15,8% utilisaient les toilettes publiques [11]. Dans notre étude, la présence de nombreux espaces verts et l'absence de latrines publiques expliquent ce taux élevé de défécation en plein air.
Concernant les canaux de communication pour la gestion des excrétas, les répondants ont mentionné que le personnel de santé sensibilise les femmes enceintes et les mères d'enfants de moins de cinq ans lors des consultations prénatales et postnatales ainsi que lors d'autres visites médicales. Des relais communautaires effectuent des visites à domicile pour échanger avec les ménages sur les problèmes de santé et les pratiques clés essentielles. Du côté politico-administratif, les chefs de quartier et de localités organisent des réunions avec les chefs de rue, qui servent de relais pour transmettre les messages à la population, en collaboration avec l'infirmier de l'aire de santé et les autorités sanitaires locales. Ces résultats sont similaires à ceux d'une enquête réalisée par le HCR à Betou en RDC [12], qui soulignait que pour atteindre les objectifs du WASH, les équipes doivent diffuser les messages sur les bonnes pratiques en hygiène et assainissement ainsi que sur la pérennisation des infrastructures communautaires (latrines, points d'eau, abris) via des leaders communautaires, radios locales, chefs religieux et informateurs clés. Malgré ces sensibilisations menées par les relais communautaires et les autorités politico-administratives, la gestion des excrétas reste problématique à Pakadjuma. Une relance des organes de participation communautaire, accompagnée de visites domiciliaires hebdomadaires et de la construction de latrines portables avec l'autonomisation de la communauté, pourrait contribuer à modifier les comportements. En raison de contraintes budgétaires et de difficultés à joindre les répondants, nous n'avons pu réaliser que deux focus groups et dix interviews. Cependant, la qualité des échanges et des participants a permis d'obtenir les informations nécessaires.
Limites: les difficultés de réunir tous les répondants aux focus groups: sur 32 répondants initialement prévus, nous n'avons pu réunir que 20 répondants. Cela est dû aux contraintes d'ordre financier. Nous aurions dû réaliser 4 Focus Groups (2 pour les hommes et 2 pour les femmes) pour séparer les jeunes et les vieux, mais faute de disponibilité des répondants, nous nous sommes contentés de 2 FG. Nous avons l'espoir que d'autres chercheurs pourraient atteindre nos prévisions de FG.
L'étude sur les pratiques de gestion des excrétas à Pakadjuma a montré que la majorité des habitants ne disposent pas de toilettes et défèquent donc à l'air libre, ou utilisent des pots, sachets et vases, qu'ils éliminent ensuite dans la nature (rivière, caniveaux, voies ferrées ou terrain de football). L'absence de latrines serait liée à l'interdiction de leur construction par les autorités de l'ONATRA, au manque d'implication des responsables politico-administratifs et à une faible sensibilisation de la communauté en matière d'hygiène et d'assainissement. Une meilleure implication des autorités ainsi qu'une éducation et sensibilisation des ménages pourraient améliorer cette situation.
Etat des connaissances sur le sujet
- La bonne pratique de gestion des excréta est entravée par l'absence de latrines dans la localité de Pakadjuma.
Contribution de notre étude à la connaissance
- La défécation à l'air libre, à la brousse ou dans les herbes pendant l'obscurité est perçue comme une pratique normale et sécurisée par la population vu le manque de latrines;
- L'utilisation des pots, des sachets et des vases pour déféquer et éliminer ensuite dans la nature (rivière, caniveaux, voies ferrées ou terrain de football) est la pratique la plus utilisée et jugée commode par des sujets féminins;
- Les actions communautaires et politiques durables visant la bonne gestion des sexcretas peuvent conduire à l'amélioration du bien-être de cette population.
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
Junior Bosenga Bokeko a conçu l'étude, rédigé le protocole de recherche, mené les entretiens semi-structurés et animé la discussion en groupe focalisé. Il a réalisé les transcriptions des enregistrements, a analysé les informations recueillies et a rédigé le rapport d'étude et le manuscrit. Yannick Musawu et Serge-Obed Kapanga ont analysé les données, contribué à la rédaction et à la correction du manuscrit. Thérèse Mambu Nyangi Mondo a dirigé l'étude, corrigé le protocole de recherche dès sa conception jusqu'à la fin de son écriture, a identifié les thématiques de l'étude et a corrigé le manuscrit. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale de ce manuscrit.
Les auteurs tiennent à remercier toutes les autorités académiques, le corps professoral et administratif de l'École de Santé Publique de l'Université de Kinshasa pour ce beau cadre et cette formation de qualité dont nous avons été bénéficiaires, la Banque mondiale qui a entièrement financé notre formation et la réalisation de ce travail à travers son projet REDISSE IV et les enquêteurs qui nous avaient accompagnés sur le terrain.
Tableau 1: caractéristiques sociodémographiques des participants à l'étude
Figure 1: toilette coup-direct déversant sur la rivière
- CPIAS Normandie. Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins Région Normandie. Juillet 2026. CPIAS. Accessed 3 November 2026.
- Programme Solidarité eau. Journée mondiale des toilettes 2025: parce qu'un service sanitaire amélioré est un droit pour toutes et tous ! Programmes Solidatité. 19 novembre 2025. Accessed 4 November 2026.
- Foley RA. Colloque annuel de la Société d'Anthropologie de Paris 1842 e réunion scientifique. Google Scholar
- Dumez H. Méthodologie de la recherche qualitative: Toutes les questions clés de la démarche. Vuibert; 2021 Apr 19. Google Scholar
- Joaquim João Soares. Afrique subsaharienne: propositions relatif à une bonne gestion des déchets. R:Ed. 2025. Consulté le 4 novembre 2025.
- Mics6 RDC 2018. Rapport final décembre 2019. Enquête MICS-Palu RDC. Sciences de la santé. 2019. Accessed 4 November 2025.
- Organisation mondiale de la Santé. Burundi, rapport annuel 2018. OMS. 2018. Accessed 4 November 2025.
- Perazzone S. Les Femmes de Pakadjuma: De Calais à Kinshasa, récit de la naissance d'un livre. Suluhu blog. 2020(2020.08. 17). Google Scholar
- Bouraima Z. Sociologie de l'assainissement: latrinisation, représentations sociales et logiques d'action dans les villes moyennes au Burkina Faso (Doctoral dissertation, Université Toulouse le Mirail-Toulouse II). Google Scholar
- Sako Y. Devant la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d'Odonto-Stomatologie. Google Scholar
- Ahatefou EL, Koriko M, Koledzi KE, Tchegueni S, Tchangbédji G, Hafidi M. Diagnostic du système de collecte des excréta et eaux usées domestiques dans les milieux inondables de la ville de Lomé: cas du quartier Zogbedji. Environnement, Ingénierie & Développement. 2013 Nov 1. Google Scholar
- Haut-Commissariat de Nations Unies pour les réfugiés, Bureau de Bétou Quartier Ca mètre Département de la Likouala République du Congo. Rapport d'enquête CAP EHA (Connaissances, Attitudes et Pratiques). COG KAP. 2017. Accessed 4 November 2025.



