Facteurs associés à l'identification des cas suspects de bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé du département de Tambacounda
El Hadji Cheikh Abdoulaye Diop, Ndèye Fatou Ngom Gueye, Adélalïde Ndew Dog, Omar Gallo Ba, Madjiguène Cissé Sow, Dossolo Sanogo
Corresponding author: El Hadji Cheikh Abdoulaye Diop, District Sanitaire de Tambacounda, Ministère de la Santé et de l'Action Sociale, Tambacounda, Sénégal 
Received: 29 May 2025 - Accepted: 03 Aug 2025 - Published: 14 Oct 2025
Domain: Infectious diseases epidemiology,Public health,Reproductive Health
Keywords: Bilharziose génitale féminine, professionnels de santé, Tambacounda, Sénégal
Funding: Ce travail n'a reçu aucune subvention spécifique d´un organisme de financement des secteurs public, commercial ou à but non lucratif.
©El Hadji Cheikh Abdoulaye Diop et al. PAMJ-One Health (ISSN: 2707-2800). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Cite this article: El Hadji Cheikh Abdoulaye Diop et al. Facteurs associés à l'identification des cas suspects de bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé du département de Tambacounda. PAMJ-One Health. 2025;18:7. [doi: 10.11604/pamj-oh.2025.18.7.48141]
Available online at: https://www.one-health.panafrican-med-journal.com/content/article/18/7/full
Research 
Facteurs associés à l'identification des cas suspects de bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé du département de Tambacounda
Facteurs associés à l'identification des cas suspects de bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé du département de Tambacounda
Factors associated with the identification of suspected cases of female genital schistosomiasis by health professionals in the Tambacounda Department
El Hadji Cheikh Abdoulaye Diop1,&,
Ndèye Fatou Ngom-Gueye2, Adélaïde Ndew Dog1, Omar Gallo Ba1, Madjiguène Cissé Sow1, Dossolo Sanogo1
&Auteur correspondant
Introduction: la bilharziose génitale féminine est sous diagnostiquée au Sénégal y compris dans les régions endémiques de la bilharziose urogénitale. L'objectif de cette étude était d'identifier les facteurs associés à la détection des cas suspects de bilharziose génitale féminine par les agents de santé du département de Tambacounda.
Méthodes: nous avons mené une étude transversale descriptive chez les professionnels de santé du département de Tambacounda en août 2024. Les données ont été collectées grâce à Kobo Collect et analysées avec R 4.4.1. La régression logistique binaire a été utilisée pour identifier les facteurs associés à l'identification des cas suspects de bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé.
Résultats: au total 113 professionnels de santé ont été enquêtés. Nous avons retrouvé une nette prédominance féminine (77,88%) avec 41,59% de sages-femmes et 78,76% des agents provenaient du district sanitaire de Tambacounda. Bien que 92,9% d'entre eux connaissent la bilharziose urogénitale, seulement 39,8% connaissaient la bilharziose génitale féminine. La perception de la gravité de la maladie est élevée (84,1%) et 46,9% la considèrent fréquente. Seuls 19,5% ont identifié des cas suspects, et 48,70% ont réalisé des actions de sensibilisation envers les femmes. La majorité (96,5%) exprime un besoin de formation supplémentaire sur la maladie. Seule la perception de la maladie comme fréquente est restée significativement associée (ORa = 11,11 [2,63-50,00], p < 0,001). Le sexe (Masculin vs Féminin: ORa = 3,33 [0,92-12,50], p = 0,067) et la sensibilisation (Oui vs Non: ORa = 3,33 [0,95-12,50], p = 0,060) présentaient des tendances non significatives.
Conclusion: les connaissances des professionnels de santé du département de Tambacounda sur la bilharziose génitale féminine sont insuffisantes, leurs attitudes sont inappropriées et leurs pratiques sont inadéquates. Nous recommandons une formation sur la maladie, la disponibilité des moyens de diagnostic et une étude de prévalence pour orienter les interventions futures.
Introduction: Female genital schistosomiasis (FGS) is underdiagnosed in Senegal, including in regions endemic for urogenital schistosomiasis. The purpose of this study was to identify factors associated with the detection of suspected FGS cases by health professionals in the Tambacounda department. Methods: we conducted a descriptive cross-sectional study among health professionals in the Tambacounda department in August 2024. Data were collected using Kobo Collect and analyzed with R version 4.4.1. Binary logistic regression was used to identify factors associated with the identification of suspected FGS cases by health professionals. Results: a total of 113 health professionals were surveyed. We found a clear female predominance (77.88%), with 41.59% being midwives, and 78.76% of the professionals came from the Tambacounda health district. Although 92.9% were familiar with urogenital schistosomiasis, only 39.8% knew about female genital schistosomiasis. Perceived disease severity was high (84.1%), and 46.9% considered it frequent. Only 19.5% had identified suspected cases, and 48.7% reported carrying out awareness-raising activities with women. The majority (96.5%) expressed a need for further training on the disease. Perceiving the disease as frequent was the only factor that remained significantly associated with case identification (adjusted OR = 11.11 [2.63-50.00], p < 0.001). Sex (male vs. female: adjusted OR = 3.33 [0.92-12.50], p = 0.067) and community awareness (yes vs. no: adjusted OR = 3.33 [0.95-12.50], p = 0.060) showed non-significant trends. Conclusion: knowledge of female genital schistosomiasis among health professionals in the Tambacounda department is insufficient, while their attitudes are inappropriate and their practices inadequate. We recommend training on the disease, ensuring the availability of diagnostic tools, and conducting a prevalence study to guide future interventions.
Key words: Female genital schistosomiasis, health professionals, Tambacounda, Senegal
La schistosomiase ou bilharziose urogénitale (BUG), infection parasitaire causée par Schistosoma haematobium est une maladie tropicale négligée [1]. Elle se transmet par contact avec des eaux douces contaminées où les larves du parasite appelées furcocercaires pénètrent dans la peau, provoquant une dermatite [2]. Les symptômes lors de la phase d'état incluent hématurie, douleurs pelviennes et infections urinaires récurrentes, pouvant mener à des complications graves telles que des lésions génitales et urinaires chroniques [3]. La bilharziose génitale féminine (BGF), une forme clinique de la bilharziose urogénitale, peut se manifester simultanément avec cette dernière ou de manière isolée rendant difficile son diagnostic [4,5].
Les études de prévalence de la BGF en zone d'endémie bilharzienne sont peu nombreuses. En 2021, Masong et al. ont rapporté une forte prévalence de 58,6% de la BGF au Cameroun, avec des dépenses de santé élevées, atteignant 500 USD pour le diagnostic et les traitements, ainsi qu'une perte de 9 heures de travail [6]. Au Sénégal, Thiam et al. avaient observé, à Saint Louis, une prévalence de la bilharziose génitale féminine (BGF) de 28% parmi 178 colposcopies effectuées entre 2018 et 2020. Les facteurs associés à cette prévalence étaient l'âge avancé de la femme, l'absence d'activité génératrice de revenus (AGR), la multigestité et un test d'inspection du col de l'utérus à l'acide acétique (IVA) négatif [7].
La BGF a un impact significatif sur la santé des femmes, causant infertilité, complications à l'accouchement et un risque accru de cancer du col de l'utérus [4,5] et une vulnérabilité à l'infection à VIH [5,8]. Bien que des efforts mondiaux soient déployés pour contrôler la bilharziose, la BGF est encore insuffisamment étudiée et sous-déclarée [4], particulièrement dans des zones endémiques comme le département de Tambacounda. Les données sur la BGF y sont presque inexistantes et aucun cas confirmé n'a été notifié malgré la prévalence élevée de la bilharziose urogénitale. De plus les moyens de diagnostic restent indisponibles même dans les centres de santé et l'hôpital régional [9,10]. L'Organisation mondiale de la Santé recommande la colposcopie pour le diagnostic de la BGF souvent inaccessible dans les pays en développement [5].
Les connaissances des professionnels de santé du département de Tambacounda sur la BGF semblent insuffisantes, ce qui entraînerait des attitudes inappropriées et des pratiques inadéquates conduisant à occasions manquées pour diagnostiquer et prendre en charge correctement la maladie. Notre étude vise à identifier les facteurs associés à l'identification de cas suspects de bilharziose génitale féminine par les agents qualifiés du département de Tambacounda.
Cadre d'étude
Notre étude s'est déroulée dans le département de Tambacounda, situé dans la région éponyme, abritait en 2024 une population de 442397 habitants sur une superficie de 13487 km², soit une densité de 33,32 habitants/km² [11]. Sur le plan des infrastructures, le département était doté d'un hôpital de niveau II et comptait 2 districts sanitaires, chacun possédant un centre de santé de référence situé à Tambacounda et à Maka Colibantang ainsi que de 41 postes de santé [12-14]. Sur le plan des ressources humaines de la santé, on dénombrait la même année, 2 médecins de santé publique, 15 médecins spécialistes, 16 médecins généralistes, 2 chirurgiens-dentistes, 5 pharmaciens, 40 techniciens supérieurs de santé, 73 sage-femmes d'État, 57 infirmiers d'État, 39 assistants infirmiers d'État, 3 assistants sociaux, 3 aides sociaux et 11 agents d'hygiène soit un total de 266 professionnels de santé [12-14].
Type, période et population d'étude
Nous avons mené une étude transversale descriptive durant le mois d'août 2024. Au total, 113/266 agents ont participé (taux de réponse = 42,5%). La population cible de cette étude était constituée des 266 professionnels de santé en service dans le département officiant à l'hôpital régional ainsi que dans les districts sanitaires de Tambacounda et de Maka Colibantang [12-14].
Critères d'inclusion et de non-inclusion
Tous les professionnels de santé en service dans le département de Tambacounda présents dans les structures sanitaires ayant donné leur consentement pour participer ont été inclus dans l'étude. N'ont pas été inclus: les professionnels de santé n'étant pas en service dans le département, les absents, les refus ainsi que ceux ayant des circonstances empêchant leur participation à l'étude.
Échantillonnage
Nous avons effectué un recrutement exhaustif de tous les 266 professionnels de santé en service au niveau de l'hôpital et dans les districts sanitaires et Tambacounda et de Maka Colibantang. Recrutement exhaustif visé; participation effective 113/266 (42,5%).
Collecte des données
La collecte de données a été réalisée à l'aide d'un questionnaire structuré fermé via Kobo Collect. Les enquêteurs ont mené des entretiens en face-à-face avec les professionnels de santé. Les réponses ont été directement enregistrées et chaque session a duré environ 10 à 15 minutes. Les données collectées étaient relatives aux connaissances, attitudes et pratiques sur la bilharziose urogénitale (BUG) et la bilharziose génitale féminine (BGF).
Définition opérationnelle des variables
Dans cette étude, la variable dépendante analysée est la capacité des professionnels de santé à identifier des cas suspects de bilharziose génitale féminine (BGF), exprimée sous forme binaire (oui/non). Les variables explicatives sélectionnées pour l'analyse multivariée incluent des éléments sociodémographiques (tels que l'âge, le sexe, la profession, la structure d'affectation et le district), des connaissances sur la bilharziose urogénitale et génitale (connaissance générale de la maladie, de ses signes cliniques, des méthodes diagnostiques, du traitement et des moyens de prévention), ainsi que des attitudes (perception de la gravité et de la fréquence de la BGF, opinion sur la disponibilité des outils de diagnostic et sur l'applicabilité des mesures de prévention, besoin ressenti de formation). Certaines pratiques professionnelles, comme la sensibilisation des femmes, ont également été prises en compte. Ces variables ont été retenues pour leur potentiel explicatif dans la compréhension des comportements liés à la détection de cette pathologie souvent négligée.
Analyse des données
Les données ont été extraites depuis Kobo Collect et analysées à l'aide du logiciel R, version 4.4.1. L'analyse a débuté par une exploration descriptive des caractéristiques socio-professionnelles des répondants ainsi que de leurs connaissances, attitudes et pratiques en matière de BGF. Une seconde phase a consisté à étudier les liens entre l'identification de cas suspects de BGF et diverses variables explicatives à l'aide de tests statistiques adaptés aux variables catégorielles, notamment le test du Chi² ou le test exact de Fisher en cas d'effectifs faibles [15-18]. Les variables ayant montré un p ≤ 0,25 ou présentant un intérêt épidémiologique ont été intégrées dans un modèle de régression logistique binaire. Cette méthode permet de modéliser la probabilité qu'un agent de santé identifie un cas suspect de BGF en tenant compte simultanément de plusieurs facteurs potentiellement confondants. Les résultats du modèle sont présentés sous forme d'OR ajustés accompagnés de leurs IC à 95% [15-18].
Considérations éthiques
Le protocole a été approuvé par le Comité National d'Éthique de la Recherche en Santé (CNERS) sous le N°179/MSAS/CNERS/SP du 15 juillet 2024 [19] et a reçu l'autorisation administrative de la Direction de la Planification, des Statistiques et de la Recherche sous le N°1062 du 16 juillet 2024 [20]. Les enquêteurs ont été formés sur les considérations éthiques pour assurer une conduite appropriée de l'étude. Le consentement libre et éclairé des professionnels de santé a été obtenu après avoir expliqué en détail les objectifs, les procédures, les risques et les bénéfices de l'étude.
Etude descriptive
Au total 113 professionnels de santé ont été enquêtés.
Répartition des professionnels de santé selon les caractéristiques socioprofessionnelles
Les données montrent que 77,88% des professionnels de santé sont des femmes, avec 56,6% des répondants âgés de 35 ans et plus. Les sages-femmes d'État représentent 41,59% du personnel, suivies des infirmiers d'État (19,47%) et des assistants infirmiers d'État (25,66%). En revanche, les médecins ne constituent que 10,62% et les techniciens supérieurs 2,65% du personnel. La majorité des professionnels (78,76%) sont issus du district de Tambacounda, tandis que seulement 5,31% viennent du district de Maka Colibantang et 15,93% de l'hôpital régional (Tableau 1).
Répartition des professionnels de santé selon les connaissances sur la BUG et la BGF
Les résultats révèlent que la majorité des participants (92,9%) connaissent la bilharziose urogénitale, mais seulement 50,44% ont suivi une formation spécifique sur cette maladie. En ce qui concerne les signes et la transmission de la bilharziose urogénitale, 88,5% des participants en ont connaissance. Toutefois, la connaissance de la bilharziose génitale féminine est plus limitée, avec seulement 39,8% des participants étant informés. La connaissance des signes de la BGF est de 39,8% et celle des méthodes de diagnostic de 38,9% (non conditionnel). Concernant le traitement de la bilharziose urogénitale, 48,70% en ont connaissance, tandis que 85,00% des participants savent comment prévenir la bilharziose (Tableau 1).
Répartition des professionnels de santé selon les attitudes sur la BGF
Nous avons observé que 84,1% des participants perçoivent la bilharziose génitale féminine (BGF) comme une maladie grave, tandis que 15,9% ne la considèrent pas comme telle. Concernant la fréquence de la BGF, 46,9% pensent qu'elle est courante, contre 53,1% qui estiment le contraire. En termes de disponibilité des moyens de diagnostic, 33,6% des participants les jugent suffisants, tandis que 66,4% ne sont pas du même avis. La grande majorité des répondants (85,00%) considère que les mesures de prévention sont applicables et 96,5% ressentent le besoin de recevoir une formation supplémentaire sur la BGF, soulignant ainsi l'importance perçue de la formation dans la lutte contre cette maladie (Tableau 2).
Répartition des professionnels de santé selon les pratiques sur la BGF
Notre étude révèle que seulement 19,5% des participants ont identifié des cas suspects de bilharziose génitale féminine (BGF), tandis que 80,5% n'ont pas rapporté de tels cas. Parmi les cas suspects, 77,27% ont fait l'objet d'un bilan, principalement un ECBU (68,20%), avec la colposcopie demandée dans 31,80% des cas. Le traitement a été administré pour 68,20% des cas suspects, tandis que 31,80% n'ont pas été traités. Concernant la sensibilisation des femmes sur la BGF, 48,70% des participants ont mené des actions de sensibilisation, contre 51,30% qui ne l'ont pas fait. Les principaux motifs de non-sensibilisation incluent le fait de ne pas savoir quoi dire (27,60%), de ne pas y penser souvent (50,00%), ou de manquer de temps (22,40%) (Tableau 2).
Etude analytique
Facteurs associés à l'identification de la bilharziose génitale féminine en analyse bivariée
L'analyse bivariée met en évidence trois variables indépendantes présentant une association statistiquement significative avec la suspicion de cas de bilharziose génitale féminine (BGF). La perception de la fréquence de la BGF constitue le facteur le plus fortement associé (p < 0,001), la proportion de réponses positives étant nettement plus élevée chez les participants la considérant fréquente (34,0% contre 6,7%). Le sexe de l'agent montre également une association significative (p = 0,018), les hommes déclarant plus souvent des cas suspects que les femmes. De même, la participation à des activités de sensibilisation des femmes à la BGF est significativement liée à la variable étudiée (p = 0,041), les agents impliqués rapportant davantage de réponses favorables (27,3% contre 12,1%) (Tableau 3).
Facteurs associés à l'identification de la bilharziose génitale féminine en analyse multivariée
En analyse multivariée, seule la perception de la fréquence de la BGF est restée significativement associée à la détection de cas suspects (Ora = 11,11 [2,63-50,00]; p < 0,001. Le sexe (Masculin vs Féminin: ORa = 3,33 [0,92-12,50]; p = 0,67) et la sensibilisation (Oui vs non : Ora = 3,33 [0,95-12,50] ; p= 0,060) n'étaient pas significatifs (Tableau 4). Correction: en analyse multivariée, seule la perception de la BGF comme fréquente demeure associée à l'identification de cas suspects (Ora = 11,11 ; IC95%: 2,63-50,00; p < 0,001). Le sexe (Ora = 3,33; p = 0,067) et la sensibilisation des femmes (ORa = 3,33; p = 0,60) ne sont pas significatifs.
Connaissances, attitude et pratiques des professionnels de santé sur la BUG et la BGF
Si la majorité des participants (92,9%) connaissent la bilharziose urogénitale, seulement 39,8% connaissaient la bilharziose génitale féminine est plus limitée. Ces données mettent en évidence des lacunes importantes, notamment dans la connaissance de la bilharziose génitale féminine (BGF), malgré une bonne connaissance globale des aspects de la bilharziose urogénitale. En effet, la BGF est souvent sous diagnostiquée par ce que méconnue et souvent confondue avec les infections sexuellement transmissibles (IST). Ces résultats concordent avec ceux de Mazigo et al. (2022), qui ont également révélé que les professionnels de santé dans le Nord-Ouest de la Tanzanie manquent de connaissances et de compétences pour diagnostiquer et traiter la schistosomiase génitale féminine, présentent des idées fausses sur ses causes et symptômes, et négligent souvent cette condition dans les diagnostics différentiels [21].
Notre étude révèle que seulement 84,1% des participants considèrent la bilharziose génitale féminine comme grave, 46,9% la trouvent fréquente et 96,5% estiment qu'une formation des agents est nécessaire malgré l'positif de 33,6% sur la disponibilité des moyens de diagnostic. L'OMS recommande la colposcopie à la recherche d'aspect en grains de sable, de taches jaunâtres d'aspect granuleux, d'une néovascularisation et d'un aspect caoutchouteux du col chez les femmes sexuellement actives [4] et l'autoprélèvement vaginal par Polymerase Chain Reaction (PCR) [5]. Si la colposcopie est disponible à l'Hôpital Régional Tambacounda, la PCR ne l'est pas encore.
Dans notre étude seulement 19,5% des participants ont identifié des cas suspects de bilharziose génitale féminine (BGF), avec 68,20% de ces cas traités de façon empirique. En outre, 51,30% des participants n'ont pas sensibilisé les femmes à la BGF, principalement en raison du manque de connaissances ou de temps. Aussi, la recherche documentaire n'a retrouvé aucun cas confirmé de BGF dans le département. Ceci contraste avec le fait que les districts de Tambacounda et de Maka Colibantang sont classés de forte endémicité bilharzienne [22].
La lutte contre la BGF devrait être intégrée dans les stratégies de santé publique aux côtés du VIH et du cancer du col de l'utérus. Des interventions efficaces existent pour ces maladies et les combiner pourrait améliorer les soins pour les femmes en Afrique [23]. Pour lutter contre le fléau silencieux et souvent négligé qu'est la (BGF) dans le domaine de la santé sexuelle et génésique en Afrique subsaharienne il est donc essentiel de développer des programmes de formation pour les professionnels de la santé afin d'améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement de cette maladie [21,24].
Facteurs associés à l'identification de cas suspects de BGF par les professionnels de santé
En analyse bivariée, trois variables étaient associées à la capacité des professionnels de santé à identifier la bilharziose génitale féminine (BGF). En analyse multivariée, seule la perception de la BGF comme fréquente demeurait significativement associée (ORa = 11,11; IC95%: 2,63-50,00; p < 0,001), tandis que le sexe (p = 0,067) et la sensibilisation des femmes (p = 0,060) n'étaient pas significatifs. Deuxièmement, la perception de la BGF comme pathologie courante, bien présente dans le département de Tambacounda s'accompagnait d'une plus grande probabilité de détection de cette maladie (ORa = 11,11 [2,63-50,00], p < 0,001). Ce phénomène pourrait s'expliquer par le fait que, certains professionnels de santé restent particulièrement attentifs aux signes évocateurs de la BGF et appliquent un raisonnement clinique rigoureux lors des consultations [6,7,21]. Enfin, il a été constaté que les professionnels de santé effectuant une sensibilisation des femmes sur la bilharziose urogénitale et la forme génitale féminine étaient davantage confrontés à des cas suspects (27,3% contre 12,1%, p = 0,041). Cette relation pour s'expliquer par le fait que les professionnels de santé du district mènent régulièrement des actions préventives dans la communauté contre la bilharziose urogénitale et de la bilharziose génitale féminine [4,6,21,23,24].
Ces éléments suggèrent qu'il est nécessaire de renforcer les compétences diagnostiques des professionnels de santé, notamment par des formations spécialisées, l'usage de supports visuels comme l'Atlas de poche de l'OMS [4] et l'intégration des messages de prévention dans les programmes de santé reproductive et de lutte contre les maladies tropicales négligées [22-24] particulièrement dans des foyers endémiques tels que le département de Tambacounda [7,9,10].
Limites de l'étude
Plusieurs éléments invitent à la prudence dans l'interprétation. D'abord, la conception transversale, strictement descriptive, offre une photographie à un instant donné et ne permet pas d'inférer des relations causales entre les facteurs étudiés et la détection de cas. Ensuite, l'exhaustivité visée n'a pas été atteinte: 113 des 266 professionnels ont participé (42,5%), ce qui expose à un biais de sélection et réduit la représentativité. Les informations recueillies reposant sur l'auto déclaration (connaissances, attitudes, pratiques et repérage de cas "suspects"), un biais de mémoire et de désirabilité sociale est possible; faute d'examens de référence, un risque de mauvaise classification persiste. Le faible nombre d'événements (22 signalements) limite la puissance, élargit les intervalles de confiance et accroît la probabilité de surajustement du modèle logistique. Des facteurs de confusion non mesurés comme la charge de travail, accès effectif aux outils diagnostiques, formation préalable, organisation des services peuvent subsister. Enfin, l'étude conduite dans un seul département sur une période brève (août 2024) restreint la validité externe dans le temps et vers d'autres contextes géographiques.
La bilharziose génitale féminine est une maladie tropicale négligée et sous diagnostiquée dans les pays à forte endémicité. Notre étude a révélé des connaissances insuffisances, des attitudes inappropriées et des pratiques inadéquates des professionnels de santé du département de Tambacounda sur la bilharziose génitale féminine contrastant avec la forte prévalence de la bilharziose urogénitale dans le département de Tambacounda. Nous recommandons de former tous les professionnels de santé sur la maladie, de disponibiliser les moyens de diagnostic et de mener une étude de prévalence de la bilharziose génitale féminine dans le département afin d'appréhender l'ampleur de la maladie et d'orienter les interventions futures.
Etat des connaissances sur le sujet
- La bilharziose génitale féminine, forme clinique de la bilharziose urogénitale peut exister en même temps ou de manière isolée à celle-ci;
- Sa prévalence est élevée, elle est sous diagnostiquée à cause d'un manque de formation du personnel de santé et de la disponibilité des moyens de diagnostic.
Contribution de notre étude à la connaissance
- Les professionnels de santé méconnaissent la bilharziose génitale féminine entrainant des attitudes inappropriées et des pratiques inadéquates;
- La formation du personnel de santé et la disponibilité des moyens de diagnostic sont indispensables pour lutter contre la maladie.
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
El Hadji Cheikh Abdoulaye Diop est le principal initiateur de cette étude. Adélaïde Ndew a confectionné le questionnaire, Omar Gallo Ba a effectué les enquêtes. Madjiguène Cissé Sow et Dossolo Sanogo ont contribué à l'élaboration du questionnaire. Ndèye Fatou Ngom-Gueye a corrigé et validé le manuscrit final. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
Nous exprimons toute notre gratitude à tous les enquêteurs de l'équipe cadre du district sanitaire de Tambacounda, ainsi qu'à toutes les mères ou gardiennes qui ont participé à cette étude.
Tableau 1: répartition des professionnels de santé du département de Tambacounda (Sénégal) selon les caractéristiques sociodémographiques, les connaissances et les attitudes sur la bilharziose génitale féminine (BGF) (n= 113)
Tableau 2: répartition des professionnels de santé du département de Tambacounda (Sénégal) selon les attitudes et les pratiques sur la bilharziose génitale féminine (n= 113)
Tableau 3: facteurs associés à la détection de la bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé du département de Tambacounda en analyse bivariée (n= 113)
Tableau 4: facteurs associés à la détection de la bilharziose génitale féminine par les professionnels de santé du département de Tambacounda en analyse multivariée (n= 113)
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